vania adrien sens colporteur de musique
vania adrien sens colporteur de musique

Les Echos de la rue Juin 2018     

en mai 68   les comédiens et les habitants du quartier Mouffetard   ont occupés Théâtre de l’Epée de Bois ,

nous fabriquions les chansons  que nous grattions ensuite dans  les rues au cours de ce mois de Mai 1968 comme cette chanson, tellement actuelle dont je n’ai pas changé une virgule.

La  COLERE

1 > Elle s'éveille de la nuit

De l'impuissance, de la faiblesse/

De tous les sales matins amers

La colère. La colère. La colère.

 

2

Elle se nourrit de mépris

De servitude et de tristesse

D'une humiliation journalière

La colère

 

3

Elle s'élève des trottoirs

Des autobus, des caves sombres

Des H.L.M., des cours sans airs

La colère

 

4

Elle se gonfle du désespoir

De ceux qui travaillent dans l'ombre

Et jamais ne voient la lumière

La colère

 

5

Elle se cabre sous le mensonge

Des pîtres gouvernementaux

Valets d'aujourd'hui et d'hier

La colère

 

6

Elle jaillit du coeur des foules

Re découvrant leur vérités

Détruisant les fausses barrières

La colère

 

7

Craignez puissant, craignez la houle

Qui noiera votre autorité

C'est celle du peuple qui libère.

Sa colère

FIN

 

sous laquelle bout l'âme des rêves jamais atteints

et, le 1er mai 1886 libère un sang rouge et noir qui bat enfin aux portes de l'histoire.

 

Cette histoire des hommes déchaînés en flots

impétueux de guerre sociale et de fraternité,

pain tranché au couteau de l'amitié,

action directe où le poing levé est féminin,

la coupe partagée par des lèvres qui susurrent déjà le temps des cerises,

celles qui tachent de sang les jabots fins

et dégorgent leur onctuosité rouge au fond des sillons.

 

Fleurs des champs pour des chants sans coq matinal,

pavés des villes qui piaillent à la gueule des morales enchristées

ces kystes comme un parasite qui ronge l'éphémère.

 

Fleurs d'hommes en coquelicot qui moissonnent le blé levé,

et que germe le rouge et noir, comme un habit sur nos idées

pour aller trinquer avec les dieux et la mort.

 

Fleurs de pavé pour des rivages qui vont à la mer,

des rivières de rêves qui remontent l'histoire des hommes,

cette histoire qu'on ne montre jamais,

celle qu'on caresse du bout de l'ongle quand le rince-doigt est vide de sens,

celle qui est parure dans les fables visqueuses du Tout Paris au Tout New-York

dans la solitude pressing du smoking Côte d'Azur

dans l'amidon bridé du col Mao.

 

Quand le bras levé sera débordé par les jambes en l'air,

alors la multitude de nos radeaux aura séché la misère

au caniveau moite des Présidents,

ces crustacés à la carapace décorée, accrochés à leur rocher,

qu'on aura descendus comme des grains de raisin

sous la ligne de flottaison du boulevard Potemkine.

 

Anarchie et tendresse à l'écartèlement du cactus

dont les figues nous poussent comme un cri à l'entrejambe.

 

A l'ombre rouillée du syndicat fidèle aux Joseph des siècles

poussera une histoire transsexuelle comme un boomerang.

 

A l'ombre de la cellule Tchernobyl, avenue du littoral desquamé,

l'amour, enfin, est venu, porté par une vague du Pacifique.

 

Le vent du 1er mai se lève dans une nudité balnéaire.

 

Aux armes! les cormorans.

 

Des plénitudes écorchées nous attendent au-delà des corps mourants.

 

Déjà nous ouvrons les yeux du soleil, des couleurs nous poussent au creux des mains,

des symphonies déboulent de nos dents la soie crisse sur le sein tendu comme un poète.

 

Viens, jouis, notre sang rouge et noir bat aux tempes de l'histoire.

Alain CALLES 2011

 

 

 

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